
Études sectorielles
Lire les statistiques sectorielles de l’OFS avec la STATENT
Les chiffres étiquetés « statistiques sectorielles » n’ont pas une source unique. La Statistique structurelle des entreprises (STATENT) est produite par l’Office fédéral de la statistique (OFS).
Délimiter la statistique sectorielle STATENT de l’OFS
Les chiffres étiquetés « statistiques sectorielles » n’ont pas une source unique. La Statistique structurelle des entreprises (STATENT) est produite par l’Office fédéral de la statistique (OFS). La page genevoise « Statistiques cantonales – République et canton de Genève » (statistique.ge.ch) indique qu’elle a remplacé le recensement des entreprises ; le géoproduit STATENT diffusé sur agi.dij.be.ch la décrit comme un relevé exhaustif issu de registres. Avant de citer un chiffre, identifier séparément l’office producteur, la méthode de relevé et la population couverte.
La statistique fédérale n’est pas un bloc homogène. Selon l’article « Statistique » du Dictionnaire historique de la Suisse, elle englobe quelque quarante unités administratives et institutions indépendantes, dont l’Union suisse des paysans. Un chiffre dit « fédéral » peut donc venir d’un autre producteur que l’OFS.
L’OFS se présente toutefois comme le principal fournisseur d’informations statistiques et de données de la Confédération ; la vidéo « La stratégie opérationnelle de l’OFS en bref » le formule en ces termes. Cette qualité ne dispense pas de vérifier qui a produit le tableau cité.
Le titre exact de la statistique citée est la première information à relever. La page de l’OFS s’intitule « Statistique structurelle des entreprises » ; la fiche descriptive porte le même titre suivi de « (STATENT) ». Citer « la STATENT » sans producteur ni période de référence prive le lecteur de tout moyen de contrôle.
La déclinaison territoriale ajoute une couche. Genève publie ses propres pages méthodologiques et descriptives par domaine sur statistique.ge.ch ; le canton de Berne diffuse la STATENT comme produit de géodonnées sur agi.dij.be.ch. Un tableau OFS, une série cantonale et une couche cartographique ne sont pas interchangeables : le premier décrit une structure nationale, la deuxième une lecture cantonale, la troisième une représentation spatiale. Vérifier l’émetteur réel évite d’attribuer à l’OFS une donnée retravaillée par un canton.
Lire la méthode avant le résultat
La page « Méthodes statistiques » de l’OFS annonce que des fichiers et des instructions sont mis à la disposition du public. Ils visent l’application ciblée de méthodes statistiques. C’est le premier endroit où vérifier ce qu’un indicateur mesure réellement avant de le commenter.
Pour la STATENT, la fiche « Statistique structurelle des entreprises (STATENT) » comporte une rubrique « Méthode de relevé / de saisie ». Elle énonce le mode de collecte : un relevé exhaustif fondé sur des registres, et non un sondage auprès d’un échantillon. Le géoproduit bernois mentionne en outre le secteur primaire.
La documentation GEOSTAT indique que, lorsque des informations font défaut, la STATENT intègre les informations disponibles dans d’autres sources, notamment l’Enquête de mise à jour du Registre des entreprises et des établissements (ERST) (OFS, GEOSTAT). Le REE est le Registre des entreprises et des établissements auquel se rapporte cette enquête.
Avant d’interpréter, quatre points se contrôlent dans la documentation : la base de collecte (registres ou enquête), la population effectivement couverte, la date ou la période de référence, et les limites signalées par le producteur. Un indicateur dont la méthode n’a pas été lue reste une donnée non vérifiée, même s’il est exact.
Deux libellés précis sont à retrouver dans la documentation : « Méthodes statistiques » pour les fichiers et instructions, « Méthode de relevé / de saisie » pour la STATENT. S’ils manquent, le chiffre circule sans mode d’emploi.
Quatre contrôles avant d’interpréter un indicateur
- Base de collecteRegistres ou enquête ?
- Population couverteQui est effectivement compté ?
- Date ou période de référenceÀ quelle date ou sur quelle période porte le chiffre ?
- Limites signaléesQue dit le producteur sur les limites de l’indicateur ?
Ne pas confondre décrire et inférer
L’article « Statistique » du Dictionnaire historique de la Suisse, signé Werner Stahel (version de 2011, remaniée le 10 janvier 2013), distingue deux usages dans la statistique. Le traitement des données relève de la statistique descriptive. Leur interprétation par inférence, à l’aide de modèles, relève de la statistique scientifique. Cette distinction détermine la manière de formuler un résultat.
Le versant opérationnel se vérifie dans la page « Méthodes statistiques » de l’OFS, qui met fichiers et instructions à la disposition du public. Le versant conceptuel se lit dans l’article « Statistique » précité. Les deux niveaux ne se confondent pas.
Un tableau STATENT produit une description : nombre d’établissements ou d’emplois par secteur et par unité territoriale, à une date donnée. Il ne dit pas pourquoi la répartition observée est celle-là, ni ce qu’elle sera l’année suivante.
Passer de la régularité constatée à l’explication ou à la prévision suppose un modèle et des variables aléatoires. La statistique scientifique, rappelle la même source, prend en considération des données partiellement déterminées par le hasard. Elle fournit les méthodes pour adapter un modèle aux données et apprécier la qualité du résultat.
L’exemple historique est explicite : dans l’Ars conjectandi publié en 1713, Jacques Bernoulli démontre que la fréquence relative d’un événement se rapproche d’une valeur fixe, sa probabilité, lorsque les tentatives se répètent dans des conditions inchangées. La fréquence observée ne devient une probabilité qu’à l’intérieur de ce cadre.
En pratique, une phrase comme « le secteur X se concentre dans telle région » est descriptive et supportable. En revanche, « le secteur X se concentre à cause de telle politique » ou « la tendance va se poursuivre » ne l’est pas sans modèle ni données supplémentaires.
Décrire ou inférer : deux usages à ne pas confondre
- Statistique descriptiveTraite les données et produit une description : nombre d’établissements ou d’emplois par secteur et unité territoriale, à une date donnée.
- Statistique scientifiqueInterprète les données par inférence à l’aide de modèles ; prend en considération des données partiellement déterminées par le hasard et apprécie la qualité du résultat.
- Ce qu’un tableau STATENT ne dit pasPourquoi la répartition observée est celle-là, ni ce qu’elle sera l’année suivante.
- Exemple historiqueJacques Bernoulli, Ars conjectandi (1713) : la fréquence relative se rapproche d’une valeur fixe, sa probabilité, lorsque les tentatives se répètent dans des conditions inchangées.
Identifier l’unité et le découpage sectoriel NOGA
Le sens d’un indicateur dépend de l’unité comptée. Une entreprise est une unité juridique, qui peut exploiter plusieurs établissements ; un établissement est une unité locale, située à une adresse. Un chiffre par établissement attribue l’emploi au lieu où il est exercé ; un chiffre par entreprise peut le rattacher au siège. Deux publications peuvent donc donner des totaux différents pour un même canton sans que l’une soit fausse.
Le découpage sectoriel est la seconde variable : les activités sont classées selon la NOGA (Nomenclature générale des activités économiques). Pour les données GEOSTAT STATENT décrites par l’OFS, l’attribution s’appuie sur la NOGA 2008 (OFS, GEOSTAT). Le géoproduit STATENT du canton de Berne signale un traitement spécifique du secteur primaire. Avant comparaison, vérifier que les tableaux comptent la même unité et utilisent le même niveau de découpage; un écart peut relever de la définition, non de l’économie.
Exemple de lecture : dans un tableau GEOSTAT STATENT/NOGA 2008 ventilant les emplois par secteur, une valeur sous « services » agrège les divisions 45–96. Elle ne mesure donc pas une seule branche; avant comparaison, vérifier aussi l’unité et le territoire retenus (OFS, GEOSTAT).
Le niveau de découpage n’est pas indiqué dans un titre courant. Il se lit dans la fiche « Statistique structurelle des entreprises (STATENT) » et dans la rubrique « Méthode de relevé / de saisie ». Sans cette lecture, deux séries voisines restent incomparables.
Dans le regroupement classique de la NOGA 2008, le secteur primaire réunit « agriculture, chasse, sylviculture, pêche et aquaculture » (divisions 01–03), le secondaire l’« industrie » (05–43) et le tertiaire les « services » (45–96) (OFS, GEOSTAT). Ces secteurs sont des regroupements de divisions, et non des activités uniques.
Entreprise ou établissement : deux unités, deux lectures
- EntrepriseUnité juridique, qui peut exploiter plusieurs établissements ; un chiffre par entreprise peut rattacher l’emploi au siège.
- ÉtablissementUnité locale, située à une adresse ; un chiffre par établissement attribue l’emploi au lieu où il est exercé.
- ConséquenceDeux publications peuvent donner des totaux différents pour un même canton sans que l’une soit fausse.
Rester attentif au niveau territorial
Une statistique fédérale, une déclinaison cantonale et une donnée géographique ne répondent pas à la même question. La STATENT est produite par l’OFS. Le canton de Genève en publie une lecture dans ses « Statistiques cantonales – République et canton de Genève » (statistique.ge.ch), avec ses pages méthodologiques par domaine. Le canton de Berne la diffuse sur agi.dij.be.ch sous forme de produit de géodonnées.
Le passage à un produit de géodonnées implique un découpage spatial. L’unité cartographiée n’est plus la même que dans un tableau national. Le périmètre retenu doit être vérifié avant toute confrontation avec un chiffre fédéral. De même, une série cantonale est calculée sur la population du canton. Elle ne se compare pas directement à un total suisse, ni à la série d’un autre canton si les pratiques de diffusion diffèrent. La question à poser reste toujours la même : ce chiffre décrit-il la Suisse, un canton ou une maille géographique, et selon quel périmètre ?
Nommer le portail fait partie de la vérification. « Statistiques cantonales – République et canton de Genève » (statistique.ge.ch) et le géoproduit STATENT sur agi.dij.be.ch ne renvoient pas au même objet. Un tableau OFS reste l’objet national.
Trois niveaux territoriaux, trois objets différents
- OFS / STATENTObjet national : statistique structurelle des entreprises produite par l’OFS.
- Canton de GenèveLecture cantonale publiée dans « Statistiques cantonales – République et canton de Genève » (statistique.ge.ch), avec pages méthodologiques par domaine.
- Canton de BerneSTATENT diffusée comme produit de géodonnées sur agi.dij.be.ch, avec découpage spatial.
- Question à poserCe chiffre décrit-il la Suisse, un canton ou une maille géographique, et selon quel périmètre ?
Interpréter les évolutions avec prudence
La comparaison dans le temps suppose une série comparable. La STATENT a remplacé le recensement des entreprises, comme l’indique la page genevoise « Statistiques cantonales – République et canton de Genève » (statistique.ge.ch), et elle repose sur un relevé exhaustif tiré de registres. Un changement de source, de mode de collecte ou de population couverte crée une rupture. Si elle tombe à l’intérieur de l’intervalle comparé, l’écart mesuré peut refléter la nouvelle méthode autant qu’une évolution réelle.
La vérification est simple et se fait avant de commenter la courbe. Repérer l’année où la série change de base. Vérifier si les années antérieures ont été recalculées ou si la comparaison est explicitement déconseillée. Contrôler la date de référence de chaque point. Une évolution présentée sans mention de rupture de méthode reste une affirmation non étayée.
La rubrique « Méthode de relevé / de saisie » de la fiche STATENT et la page « Méthodes statistiques » de l’OFS documentent ce cadre. Les nommer dans la phrase évite d’attribuer au secteur ce qui relève du relevé.
Vérifier une évolution avant de commenter la courbe
- Repérer la ruptureIdentifier l’année où la série change de base.
- Contrôler les recalculsVérifier si les années antérieures ont été recalculées ou si la comparaison est explicitement déconseillée.
- Vérifier chaque pointContrôler la date de référence de chaque point.
- Nommer la méthodeSi une rupture tombe dans l’intervalle comparé, l’écart peut refléter la nouvelle méthode autant qu’une évolution réelle.
- Formuler avec prudenceUne évolution présentée sans mention de rupture de méthode reste une affirmation non étayée.
Grille de lecture rapide avant de citer la STATENT
Source et producteur : s’agit-il de l’OFS, d’une administration cantonale ou d’un géoportail cantonal ? Quel est le titre exact de la statistique citée, par exemple la STATENT, et son année ou période de référence ?
Unité et découpage : le chiffre compte-t-il des entreprises, des établissements ou des emplois, et selon quel niveau de découpage sectoriel ?
Territoire : la donnée porte-t-elle sur la Suisse, sur un canton ou sur une maille géographique, et selon quel périmètre ?
Méthode et série : la base de collecte est-elle un relevé exhaustif à partir de registres ou une enquête ? Existe-t-il une rupture, notamment le remplacement d’un recensement par la STATENT, à l’intérieur de la période comparée ?
Formulation : la phrase rédigée reste-t-elle descriptive (ce que le tableau montre) ou passe-t-elle à l’explication ou à la prévision, ce qui exigerait un modèle et des données que la statistique descriptive ne fournit pas ?
Références à nommer dans la phrase ou en note : page OFS « Méthodes statistiques », page « Statistique structurelle des entreprises », fiche « Statistique structurelle des entreprises (STATENT) » et sa rubrique « Méthode de relevé / de saisie », page genevoise statistique.ge.ch, géoproduit bernois agi.dij.be.ch.
Grille de lecture rapide avant de citer la STATENT
- Source et producteurOFS, administration cantonale ou géoportail cantonal ? Titre exact et année ou période de référence ?
- Unité et découpageEntreprises, établissements ou emplois, et selon quel niveau de découpage sectoriel ?
- TerritoireSuisse, canton ou maille géographique, et selon quel périmètre ?
- Méthode et sérieRelevé exhaustif à partir de registres ou enquête ? Rupture, notamment remplacement d’un recensement par la STATENT, dans la période comparée ?
- FormulationReste-t-elle descriptive ou passe-t-elle à l’explication ou à la prévision ?
- Références à nommerPage OFS « Méthodes statistiques », page « Statistique structurelle des entreprises », fiche STATENT et rubrique « Méthode de relevé / de saisie », page genevoise, géoproduit bernois.


