
Indicateurs conjoncturels
Comprendre les indicateurs conjoncturels suisses
Un indicateur conjoncturel ne dit pas seulement si l’activité monte ou descend. Il distingue le niveau observé de la position de l’économie dans le cycle.
Indicateurs conjoncturels suisses : sources et lecture
Un indicateur conjoncturel ne dit pas seulement si l’activité monte ou descend. Il distingue le niveau observé de la position de l’économie dans le cycle. Deux économies peuvent produire autant sans occuper le même point du cycle, selon qu’elles utilisent ou non toutes leurs capacités.
Première question, descriptive : que produit-on, combien emploie-t-on ? Seconde, relative : l’économie se situe-t-elle au-dessus ou au-dessous de son potentiel ?
La Vie économique du Secrétariat d’État à l’économie (Seco) le rappelle : situer l’économie dans le cycle est central pour les prévisions et la politique économique. Ces repères conditionnent les projections et les décisions publiques.
Trois familles se distinguent. Les indicateurs de cycle — taux de chômage, écart de production — disent où en est l’activité. Les indicateurs de prix — indice des prix à la consommation — disent comment évoluent les valeurs. Les indicateurs de structure — parts sectorielles de l’emploi, revenus, consommation, fortune — décrivent un état durable.
Aux indicateurs déjà cités s’ajoutent le PIB suisse trimestriel, la production et le chiffre d’affaires industriels, les ventes au détail, la consommation des ménages, les investissements et le commerce extérieur. Le graphique du SECO juxtapose le baromètre du KOF, le climat conjoncturel et le PMI de l’industrie (UBS/Procure) : les séries standardisées ont une moyenne de long terme égale à 0, et le seuil de croissance du PMI est 50 (SECO).
Grille appliquée au baromètre conjoncturel du KOF : le KOF le publie ; il se lit sur données standardisées, dont la moyenne de long terme vaut 0 (SECO). Limite : un baromètre conjoncturel n'est pas une mesure du chiffre d'affaires réalisé.
Les parts sectorielles de l’emploi de l’OFS, les revenus, la consommation et la fortune de l’OFS relèvent de la structure et du bien-être. Ils complètent la lecture conjoncturelle sans mesurer le cycle.
Le taux de chômage est publié par le Seco. L’OFS publie les parts sectorielles de l’emploi et les données sur les revenus, la consommation et la fortune ; il est la plaque tournante et le centre de compétences de l’écosystème suisse des données. Le Seco, rattaché au DEFR, documente l’écart de production et la croissance potentielle dans La Vie économique.
Grille appliquée au taux de chômage : le Seco le publie ; il mesure l’état du marché du travail ; la lecture retenue est la moyenne annuelle. Il s’est établi à 2,4 % en 2024, après 2 % en 2023 ; les données ont paru le 10 janvier 2025. Limite : la moyenne annuelle ne dit rien du mois.
Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans atteignait 2,3 % en moyenne annuelle, en hausse de 0,3 point, selon la même publication du Seco du 10 janvier 2025. En 2024, l’assurance-chômage enregistre un excédent de recettes de 1,55 milliard de francs.
Le marché du travail s’est légèrement détendu. Après un niveau historiquement très bas, le chômage a augmenté de 0,4 point par rapport à 2023, signe d’un essoufflement conjoncturel. Le Seco résume la situation par une légère détente sur le front de la pénurie de main-d’œuvre.
Grille appliquée à l’indice des prix à la consommation : il mesure l’évolution des prix à la consommation ; il se lit en variation annuelle, comparée sur douze mois, pour un mois donné. Limite : il mesure les prix, pas les volumes.
Grille appliquée à l’écart de production : le Seco, via La Vie économique, en documente l’estimation ; il situe l’économie dans le cycle ; il se lit en signe et en ampleur. Limite : il est estimé, puis révisé.
Grille appliquée aux parts sectorielles : l’OFS publie la part de l’emploi total par secteur, 78,0 % dans les services, 19,9 % dans l’industrie et environ 2 % dans le primaire en 2025. Limite : c’est un indicateur de structure, non de cycle.
Grille appliquée au PIB vaudois : l’exposé des motifs du budget vaudois 2023 le documente ; il se lit en résistance et en ralentissement à court terme. Il renseigne sur le canton de Vaud, non sur l’ensemble du pays.
Leurs sources se répartissent ainsi : Seco pour le chômage, l’écart de production et la croissance potentielle ; OFS pour les parts sectorielles, les revenus, la consommation et la fortune ; exposé des motifs du budget vaudois 2023 pour le PIB vaudois.
Le taux de chômage mesure l’état du marché du travail. L’indice des prix à la consommation mesure l’évolution des prix à la consommation. L’écart de production mesure la position de l’économie dans le cycle.
Les parts sectorielles de l’emploi décrivent la structure de l’économie, non le cycle. Les données sur les revenus, la consommation et la fortune éclairent la situation matérielle des ménages.
Leur lecture varie : moyenne annuelle pour le taux de chômage, variation annuelle pour l’IPC, signe et ampleur pour l’écart de production, pourcentage de l’emploi total pour les parts sectorielles. Le PIB vaudois se lit en résistance et en ralentissement à court terme.
Un indicateur se lit en variation annuelle, en moyenne annuelle ou en écart au potentiel. Le taux de chômage du Seco se lit en moyenne annuelle. L’IPC se lit en variation annuelle. L’écart de production se lit en signe et en ampleur.
Leurs limites diffèrent. Le taux de chômage est une moyenne annuelle ; l’IPC mesure les prix, pas les volumes ; l’écart de production est estimé et révisé ; les parts sectorielles décrivent la structure, pas le cycle ; les revenus, la consommation et la fortune ne suivent pas le cycle.
Un chiffre isolé — production en hausse, chômage en baisse — ne suffit pas. Il faut le rapporter à une référence, suivre son évolution et le confronter à d’autres indicateurs.
Les recettes fiscales et le solde budgétaire se lisent dans les documents budgétaires cantonaux, comme l’exposé des motifs du budget vaudois.
Pour chaque indicateur, cinq questions guident la lecture : qui le publie, ce qu’il mesure, à quelle fréquence il paraît, comment le lire et quelles limites il présente. La date de parution fait partie de l’indicateur : le Seco a publié les chiffres du marché du travail le 10 janvier 2025. Cette grille évite de confondre un signal de cycle avec un indicateur de structure.
La fréquence varie d’une série à l’autre. Le taux de chômage se lit en moyenne annuelle, datée du 10 janvier 2025 pour l’exercice 2024. L’IPC se lit pour un mois donné, ici février, sur douze mois de comparaison. L’écart de production se révise, à l’image des publications du 24.07.20. Les parts sectorielles se lisent par millésime : 2025.
Pour lire le cycle, croisez le PIB et les indicateurs de demande avec les enquêtes avancées, les prix et l’emploi. Chaque série décrit une composante ou un signal ; leur évolution comparée aide à distinguer l’activité observée, les anticipations et la position estimée dans le cycle.
L'écart de production, boussole du cycle
La croissance potentielle désigne ce que l’économie pourrait produire si ses facteurs — travail, capital, progrès technique — étaient utilisés à un rythme soutenable, sans pressions excessives sur les prix. L’écart de production (output gap) mesure l’écart entre production effective et potentiel. Un écart positif signale une économie qui « surchauffe » ; un écart négatif, une économie sous ses capacités.
Le potentiel n’étant pas observable directement, il doit être estimé. Les méthodes combinent en général une fonction de production, des filtres statistiques appliqués aux séries macroéconomiques et un faisceau d’indicateurs de tension.
La Vie économique (Seco) traite la question « Comment produit-on les données reflétant l’écart de production et la croissance potentielle ? ». Ces indicateurs situent l’économie dans le cycle.
Grille appliquée : l’écart de production situe l’économie dans le cycle, il se lit en signe et en ampleur, il est estimé puis révisé. La valeur publiée n’est donc jamais figée.
Les publications de référence portent une date. « L’économie exploite-t-elle son potentiel ? » et « Un écart de production record ? » sont datés du 24.07.20.
Les chocs simultanés sur l’offre et la demande sont particulièrement délicats à interpréter. Selon La Vie économique (Seco), la crise du coronavirus a engendré en Suisse un écart de production d’une ampleur historique. Au niveau mondial, le potentiel économique n’a pas pu être entièrement utilisé en raison d’un choc de l’offre et de la demande.
La même publication a consacré un article à la question, « Un écart de production record ? », signé Sarah Fischer, Caroline Schmidt et Philipp Wegmüller.
Un choc peut peser durablement sur le potentiel. La crise du coronavirus a ainsi été examinée sous l’angle de la prospérité jusqu’en 2050, par Sarah Fischer, Philipp Wegmüller et Marc Zahner.
Un écart de production ne se lit pas seul : il dépend de la méthode d’estimation et il est révisé. La Vie économique (Seco) documente la démarche avec « L’économie exploite-t-elle son potentiel ? », signé Ronald Indergand et Simon Jäggi (24.07.20).
Concrètement, lire cet indicateur suppose de connaître la méthode d’estimation et la date de la dernière révision. Deux publications successives peuvent donner des valeurs différentes pour une même période, sans que l’économie ait changé.
Le dossier élargit la question : comment se développera l’économie jusqu’en 2070 ? L’évolution démographique y jouera un rôle central. Une contribution signée Raymond Kohli porte sur l’évolution de la population suisse à cet horizon.
La structure sectorielle comme grille de lecture
La répartition de l’emploi entre secteurs aide à comprendre à quels chocs une économie est exposée. Selon l’OFS, en 2025, 78,0 % des personnes en emploi travaillent dans les services (tertiaire), 19,9 % dans l’industrie (secondaire) et environ 2 % dans le primaire.
Grille appliquée : l’OFS publie ces parts ; elles mesurent la répartition de l’emploi total ; le millésime 2025 donne 78,0 %, 19,9 % et environ 2 %. Elles se lisent en pourcentage de l’emploi total, jamais en variation mensuelle.
Ce poids dominant des services colore la sensibilité conjoncturelle du pays. Une économie très tertiarisée réagit fortement aux variations de la demande intérieure, de la consommation des ménages et de secteurs comme le tourisme ou la finance. La part industrielle — encore notable — la rend vulnérable aux cycles d’investissement et aux échanges internationaux. Le primaire, très minoritaire dans l’emploi, reste sensible aux conditions climatiques et aux marchés agricoles.
Le poids du tertiaire commande l’ordre de lecture des chocs. Une secousse de demande intérieure ou de consommation des ménages se lit d’abord dans les 78,0 % de l’emploi tertiaire ; une secousse d’investissement ou d’échanges internationaux, dans les 19,9 % du secondaire.
Lire la conjoncture suisse exige donc de garder cette grille en tête : un même choc macroéconomique ne se transmet pas de la même manière à une économie dominée par les services et à une économie plus industrielle.
Cette répartition est un indicateur de structure, pas de cycle : elle évolue lentement. L’OFS en publie les parts ; elles servent de grille, non de signal.
Répartition de l'emploi par secteur en Suisse (2025)
Inflation, coûts, énergie : démêler les signaux
Tous les signaux faibles ne traduisent pas un ralentissement de fond. Dans l’exposé des motifs du budget vaudois 2023, l’environnement est décrit comme marqué par l’inflation, la hausse des coûts, des marchés financiers instables, une crise énergétique, une pandémie fluctuante et un manque de matériaux. Ces facteurs peuvent brouiller la lecture du cycle sans annoncer une récession durable.
Distinguer ces facteurs d’un ralentissement de fond demande quelques questions simples. Le phénomène est-il transitoire ou structurel ? Touche-t-il les prix plutôt que les volumes ? Affecte-t-il toute l’économie ou quelques secteurs ?
Une poussée des coûts peut renchérir la production sans réduire la quantité produite. Un ralentissement de fond se traduit généralement par une baisse plus large de l’activité et de l’emploi.
Tous les coûts ne relèvent pas du cycle. Une poussée des prix de l’énergie ou une incertitude accrue peuvent peser sur la propension à consommer, sans que cela suffise à conclure à un ralentissement de fond.
L'environnement monétaire s'ajoute à ces facteurs et peut influencer les arbitrages des ménages et des entreprises.
Les prévisions de croissance sont régulièrement ajustées, et les indicateurs avancés n'annoncent pas toujours une amélioration nette de la situation.
L’exercice reste délicat. Le même exposé des motifs note que le PIB vaudois résiste encore, tout en relevant qu’un certain ralentissement est visible à court terme et risque de perdurer. C’est le type de configuration où poussée des prix, tensions sur les coûts et instabilité financière se superposent et compliquent l’interprétation.
L'indice des prix à la consommation (IPC) est le repère des prix : il se lit en variation annuelle.
La période de référence est le mois de février ; la variation annuelle se compare sur douze mois. Un IPC mensuel ne suffit pas à conclure à un ralentissement de fond.
Demande intérieure, échanges et activité suisse
Les comptes du PIB permettent de suivre la contribution de la demande intérieure et du commerce extérieur à l’activité. Les recettes et dépenses publiques éclairent les conséquences du cycle, mais ne remplacent pas les indicateurs de production.
Les comptes trimestriels présentent les composantes de la demande intérieure finale et les échanges extérieurs. Le SECO exprime leurs contributions à la croissance du PIB en points par rapport au trimestre précédent, en valeurs réelles désaisonnalisées (SECO).
La consommation finale des ménages est une composante à suivre, mais son estimation a fait l’objet d’une révision. L’enquête sur le budget des ménages la sous-estimait, un phénomène reconnu au niveau international.
Les investissements complètent cette lecture de la demande. Une limite signalée dans la statistique de la construction est la non-prise en compte des investissements sans permis de construire.
Les échanges extérieurs se lisent à travers les exportations et les importations de biens et de services, ainsi que la balance commerciale. Dans le graphique du SECO, la balance commerciale des biens est présentée sans objets de valeur (SECO).
Les exportations de produits chimiques et pharmaceutiques ont nettement augmenté au 2e trimestre 2026. Cette évolution s'est reflétée dans les chiffres d'affaires de l'industrie (SECO). Les indicateurs du développement industriel se lisent en soldes standardisés, désaisonnalisés (SECO).
Les séries sectorielles complètent les agrégats nationaux. La valeur ajoutée du commerce de détail a progressé de 1,2 %, tandis que celle des services financiers a augmenté de 1,9 % (SECO). Les chiffres d’affaires du commerce de détail se lisent en valeurs réelles désaisonnalisées, sur une base moyenne de 2023 = 100 (SECO).
Au 2e trimestre 2026, le PIB suisse corrigé des événements sportifs a progressé de 1,5 %, après une hausse de 0,5 % au trimestre précédent (SECO). Ce repère trimestriel décrit l’évolution de l’ensemble de l’économie.
Pour 2025, la croissance du PIB a été de +1,6 %, ou de +1,8 % après correction des événements sportifs. Fin août, l’OFS a publié les nouveaux chiffres annuels des comptes nationaux de la Suisse (SECO ; OFS).
Une évolution agrégée peut masquer des situations différentes selon les branches. Confronter le PIB aux indicateurs de production, de chiffre d’affaires et de demande aide à repérer ces écarts.
Les variations trimestrielles et annuelles ne décrivent pas le même horizon. Il faut préciser la période comparée avant d’interpréter un mouvement comme une accélération ou un ralentissement.
Un agrégat ne suffit pas à expliquer l’origine d’un mouvement conjoncturel. Les comptes du PIB, les indicateurs sectoriels et les enquêtes avancées apportent des lectures complémentaires.
Révisions des comptes nationaux : lire les séries avec prudence
Les comptes nationaux peuvent être révisés lorsque les méthodes de calcul changent ou que de nouvelles informations statistiques sont intégrées. Les comparaisons dans le temps doivent tenir compte de la version des comptes utilisée.
Les révisions peuvent intégrer de nouvelles méthodes et des informations actualisées sur la balance des paiements ou la consommation finale des ménages. Elles peuvent donc modifier des résultats antérieurs sans que l’activité passée ait changé.
La BNS a décidé en 2023 de publier les données révisées de la balance des paiements en 2025. Les séries du commerce extérieur doivent être lues en tenant compte de ces données révisées.
La croissance réelle du PIB, généralement déterminante pour l’analyse conjoncturelle, est nettement moins affectée par les différences entre l’approche par la production et l’approche par les dépenses. Les révisions des données et des méthodes restent toutefois à prendre en considération.
La statistique de l’emploi intervient dans plusieurs domaines du calcul, du côté de la production comme de la dépense. La balance des opérations courantes est particulièrement déterminante pour les données trimestrielles des exportations et importations de services.
Dans le commerce extérieur de marchandises, les indicateurs utilisés pour établir les données trimestrielles ont été adaptés à la classification CPA. La déflation a également été révisée à l’aide d’indicateurs appropriés.
Pour les années 2023 et 2024, la croissance de l’économie suisse reste nettement inférieure à la moyenne, comme cela avait déjà été calculé. Cette comparaison illustre l’intérêt de consulter les séries révisées sans perdre de vue les résultats précédemment publiés.
Pour la période la plus récente, la croissance s’est nettement affaiblie au deuxième trimestre 2025 après un premier trimestre solide. Ce ralentissement mesuré par les comptes nationaux doit être replacé dans la séquence des trimestres précédents.
Une révision statistique peut venir d’un changement de méthode ou de l’arrivée de nouvelles informations. Comparer deux valeurs suppose donc de vérifier si elles proviennent de la même version des comptes et reposent sur des définitions comparables.
Avant toute comparaison, vérifiez la période, la définition et la version des données utilisées. Une variation peut refléter une évolution économique, une révision statistique ou les deux.
PIB et indicateurs avancés : rapprocher les signaux
Le PIB trimestriel fournit un repère d’ensemble, tandis que des indicateurs plus fréquents peuvent compléter la lecture de l’activité.
Ces données alternatives donnent un éclairage régulier sur l’activité, mais ne sont pas toutes observées depuis longtemps.
La limite des données alternatives est que leur lien avec l’activité en temps normal reste parfois incertain, et leur interprétation ne repose pas toujours sur une longue expérience.
Des données plus fréquentes peuvent ainsi compléter les comptes nationaux, sans se substituer à eux.
Le croisement de séries de fréquences et de natures différentes permet de comparer des signaux portant sur différentes composantes de l’activité.
Grille appliquée au PMI : son seuil de croissance est 50 (SECO).

